Transcription
Bonjour et bienvenue sur les Voix du FLE. Aujourd’hui nous allons explorer un sujet qui intrigue, qui inquiète et qui surtout ouvre de nouvelles perspectives.
C’est l’intelligence artificielle en FLE. Alors est-ce que c’est un mythe ? Une révolution, une menace ou bien une opportunité ?
Qu’on soit enthousiaste, un peu comme moi, ou sceptique, un peu comme moi également, une chose est sûre, l’IA est déjà là, que ce soit dans notre quotidien et même dans l’enseignement.
Mais comment pouvons-nous, nous, enseignants de FLE, en tirer parti ? Est-ce qu’on doit en avoir peur ou au contraire est-ce qu’on doit l’adopter comme un assistant pédagogique ?
Dans cet épisode, le premier, des Voix du FLE, nous verrons d’abord ce que vraiment l’intelligence artificielle et en quoi elle se différencie de l’IA générative.
Ensuite, nous parlerons de son impact sur l’éducation, des bénéfices qu’elle peut apporter en classe de FLE, mais aussi de ses limites. Alors, installez-vous confortablement et c’est parti !
Tout d’abord, avant de parler de l’IA en classe de FLE, il est essentiel de comprendre ce qu’est vraiment l’intelligence artificielle. On entend parler de ce mot absolument partout, mais qu’est-ce qu’il signifie réellement ? Et surtout, quelle est la différence entre IA classique et IA dite générative ?
L’intelligence artificielle, donc l’IA, n’est pas un concept nouveau.
Loin des robots humanoïdes de la science-fiction que l’on imagine tout le temps, l’IA est en réalité un ensemble de technologies qui permettent aux machines d’analyser des données, d’identifier des tendances et de prendre des décisions de manière plus ou moins autonome.
Je vais vous donner quelques exemples de la vie quotidienne.
Vous avez une boîte mail assez classique et lorsque vous l’ouvrez, vous avez tout d’un coup des spams qui apparaissent dans la catégorie Spam. Ça, c’est l’IA.
Vous utilisez Google Maps ou Waze pour analyser le trafic en temps réel et éviter les bouchons. Ces deux applications vous proposent un trajet le plus rapide. Ça, c’est l’IA également.
Votre banque vous envoie un message parce qu’elle a détecté une transaction un peu inhabituelle et bloque votre carte par précaution. Ça, c’est l’IA. C’est pas quelqu’un qui est derrière son écran et qui surveille constamment votre compte en banque.
Dans les hôpitaux, c’est peut-être là où c’est aussi le plus intéressant, l’IA va aider les médecins à analyser des scanners, des radiographies et va permettre de détecter certaines maladies, notamment les cancers qui ne sont pas toujours visibles à l’œil nu.
Donc ces exemples nous montrent bien que l’IA est déjà bien implantée dans notre quotidien. Pourtant, on ne s’en rend même plus vraiment compte.
Mais alors en quoi l’IA dite générative est-elle différente ?
Contrairement aux IA classiques qui se contentent d’analyser des données, d’en tirer des prédictions possibles, grâce à leurs entraînements sur des données existantes vraiment réelles, l’IA générative a une particularité qui paraît magique. Elle est capable de créer du contenu original, à partir d’une simple instruction.
Bon, rien n’est magique. En plus de l’analyse des demandes, ces IA combinent et réinterprètent les éléments appris. C’est toujours sur une base de données existantes.
Cela signifie qu’on peut lui demander d’écrire un texte, de générer une image, de composer une musique ou même de produire une vidéo.
Et elle le fait en quelques secondes.
Voici quelques exemples d’IA que vous connaissez très certainement.
Pour générer du texte, vous connaissez sûrement ChatGPT, Gemini, de Google, le français Mistral.ai ou le chinois Deep Seek.
Ces IA génèrent du texte, répondent à vos questions et puis permettent aussi de reformuler des phrases pour qu’elles soient un peu plus jolies.
DALL-E, Midjourney, Leonardo, par exemple, créent des images à partir d’une description textuelle.
Suno, Rifusion ou MusicFX vont générer des compositions médicales avec ou sans parole à partir d’une description et de quelques mots.
Et puis vous avez d’autres outils comme Synthesia ou Vidnoz qui, elles ou eux, vont transformer du texte en vidéo avec des avatars parlants.
Et puis une dernière IA que j’ai testée récemment qui est Napkin. Napkin va permettre de générer des schémas en relevant des informations essentielles d’un texte.
Donc vous avez très certainement déjà essayé une de ces IA.
Sinon, essayez avec ce prompt sur ChatGPT ou Gemini, par exemple.
Vous lui demandez « rédige une courte histoire sur un voyage en train pour un niveau A2 » et vous allez voir ce qu’il va vous proposer en quelques secondes.
Ça va être relativement complet, structuré et surtout adapté au niveau demandé. Et c’est peut-être là que la magie opère.
Alors que l’IA classique analyse, optimise des données existantes pour en tirer un certain nombre de conclusions, l’IA générative « imagine » et produit du contenu qui est original. Il est original parce qu’il dépend de vos instructions.
Donc en résumé, on peut retenir quelques différences entre ces deux types d’intelligence artificielle.
L’IA classique, pensez à Google Maps par exemple, va analyser, va prédire, va suivre des modèles et appliquer des règles. Elle présente des résultats qui sont basés sur des données existantes. Donc pensez aux filtres antispam, aux assistants vocaux, aux GPS.
L’IA générative elle, crée du contenu original, elle produit du texte, des images, de la musique ou des vidéos. Et elle fonctionne avec des modèles que l’on appelle d’apprentissage profond, le deep learning. Par exemple, ChatGPT, DALL-E, Vidnoz, etc. Je vous ai déjà donné plusieurs exemples.
Donc en résumé, on va dire que l’IA classique est capable de trier vos emails, vos courriels, alors que l’IA générative peut rédiger votre courriel en entier pour vous.
Voilà la grande différence.
Mais l’IA n’a pas seulement des conséquences dans notre quotidien. Elle est aussi en train de transformer le monde de l’éducation.
Comment ? Quels sont ses apports ? Quels sont ses limites ?
L’un des plus grands atouts de l’IA en éducation, c’est sa capacité à adapter l’apprentissage au niveau et aux besoins de chaque apprenant. Donc on va parler ici d’apprentissage adaptatif.
Quelques exemples concrets sans faire de publicité.
Des plateformes comme Duolingo vont analyser les erreurs des utilisateurs et ajuster automatiquement les exercices pour combler leurs lacunes. Ces plateformes-là vont proposer de nouveaux exercices en fonction des erreurs des apprenants.
D’autres logiciels ou plateformes, comme la Khan Academy, vont utiliser l’IA pour la proposer un parcours personnalisé à chaque élève en fonction de son rythme d’apprentissage et de ses compétences.
L’IA va pouvoir aussi détecter des schémas d’apprentissage et identifier les points de blocage d’un élève pour lui proposer des exercices beaucoup plus ciblés.
Grâce à ces outils, chaque élève va pouvoir avancer à son propre rythme et bénéficier d’un « accompagnement » sur mesure.
On est plutôt dans l’adaptation, l’adaptabilité et un peu la différenciation de l’apprentissage.
Mais l’IA ne se limite pas à ça, elle peut aussi servir d’assistant pour la production écrite et la production orale.
Une autre avancée majeure de l’IA, c’est sa capacité à analyser et à corriger du texte en temps réel.
Peut-être que vous connaissez les outils comme Grammarly, mais c’est uniquement pour l’anglais, ou Antidote pour le français.
Ces logiciels utilisent l’IA pour repérer des fautes et proposer des reformulations adaptées.
Antidote a en plus la particularité d’expliquer pourquoi il propose ce type de correction.
Un petit exemple d’application, si votre élève va écrire « je suis allé au marché et j’achetais des pommes », l’IA va lui signaler l’erreur et va lui proposer la bonne correction. « Je suis allé au marché et j’ai acheté des pommes ».
Comme je le disais, si c’est avec Antidote, elle peut même lui expliquer pourquoi c’est faux.
D’autres logiciels, comme ElsaSpeak, donc uniquement pour l’anglais, va pouvoir analyser la prononciation et aider à améliorer l’accent en fournissant un feedback instantané.
Pour l’instant c’est pour l’anglais, je n’ai pas encore trouvé d’outil pour le français.
Donc en fait, au lieu d’attendre la correction du professeur, l’élève va recevoir une aide immédiate et peut progresser plus rapidement.
Contrairement au laboratoire de langue que l’on connaît assez traditionnel où on répétait, on répétait, on répétait, on entendait la bonne prononciation, on répétait, l’IA va pouvoir aider à corriger cet accent parce qu’elle va analyser et elle va véritablement pointer sur la mauvaise prononciation de l’apprenant.
Mais c’est pas tout ! L’IA peut aussi nous aider, nous enseignants, à générer des contenus pédagogiques.
Donc vous savez combien il est chronophage de préparer des exercices, des supports de cours, des quiz etc.
Et là l’IA va nous faire gagner un temps précieux en générant tout ce contenu pédagogique sur mesure.
Donc par exemple si vous avez besoin d’un texte pour un cours, vous allez pouvoir demander à ChatGPT ou à Gemini de rédiger un texte de 150 mots sur le thème des voyages, niveau A2 en utilisant le passé composé et l’imparfait. Et hop, en quelques secondes vous obtenez un texte parfaitement adapté.
Vous voulez un dialogue pour initier un jeu de rôle, l’IA va pouvoir vous générer une conversation réaliste entre un client et un serveur dans un restaurant niveau A1.
Vous voulez créer un quiz un peu interactif, vous pouvez aller sur Quizizz et Quizizz utilise l’IA pour générer des exercices automatiquement à partir d’un texte ou d’un thème donné en quelques secondes.
Donc vous allez vraiment gagner du temps et vous allez pouvoir vous concentrer, vous enseignants sur l’accompagnement de vos apprenants et l’interaction en classe.
Mais attention, l’IA ne fait pas tout. Donc il y a aussi des précautions à prendre et des limites à vraiment garder en mémoire.
D’abord l’IA ne remplace pas l’enseignant, elle est là pour l’aider. Elle peut produire du contenu, proposer des corrections, mais elle ne peut pas interagir avec l’élève comme un humain le ferait.
Donc il faut vraiment garder en tête ces limites. Elle ne comprend pas réellement le sens des phrases, elle se base sur des probabilités.
Les mots liés les uns aux autres forment une phrase et veulent éventuellement dire quelque chose, ça n’est pas forcément ce que, vous, vous voulez dire.
Elle peut générer des erreurs et donner des explications qui peuvent être un peu simplistes et qui ne conviennent pas à tous les apprenants, ou au contraire des explications beaucoup trop compliquées.
Et puis, elle ne peut pas remplacer la dimension affective et humaine de l’enseignant. Or on le sait qu’un qu’un apprenant a besoin d’un feedback réellement personnalisé, adapté à sa personnalité et d’un enseignant qui l’accompagne avec bienveillance. L’IA, elle est dénuée de toute émotion.
Bref, l’IA c’est un outil, ça n’est pas un professeur, elle est là pour nous aider à gagner du temps, mais c’est toujours nous qui devons adapter, corriger et enrichir les contenus pour nos élèves.
Donc entre la création de contenus, la correction, l’interactivité, on voit bien que l’IA est un véritable atout pour l’enseignement du FLE.
Mais comment bien l’utiliser et éviter les pièges ? Parce qu’il est essentiel de connaître les faiblesses de l’IA et les précautions qu’il faut prendre.
Donc l’IA n’est pas infaillible, elle ne réfléchit pas comme un humain, elle produit du texte en s’appuyant sur des probabilités, comme je l’ai déjà dit, et des modèles d’apprentissage.
Mais cela ne signifie pas que tout ce qu’elle génère est correct. L’exemple le plus frappant, ce sont les images où l’on voit vraiment ce que l’on appelle des hallucinations avec des mains à cinq doigts, des visages avec trois yeux, etc.
Donc les explications grammaticales peuvent être inexactes ou trop simplistes, les phrases peuvent être mal construites ou incohérentes dans un contexte donné, des informations peuvent être erronées, donc des informations que ce soit sur des faits culturels, historiques, voire même actuels.
Si vous demandez à ChatGPT par exemple d’expliquer la différence entre le passé composé et l’imparfait en français, il va pouvoir vous fournir une réponse correcte dans l’ensemble. Mais vous, vous avez peut-être besoin, en fonction de votre contexte, de nuances qui permettent de bien marquer la différence entre ces deux temps du passé. Et ça, ça va être un peu plus compliqué pour l’IA . Donc en fait il va devoir falloir toujours vérifier et adapter les contenus générés avant de les utiliser en classe.
L’IA ne remplace pas la créativité humaine. L’IA en fait génère du texte ou crée des images en fonction de ce que vous, vous lui demandez.
Si vous lui demandez un texte sur le thème de l’amitié, ChatGPT va générer une histoire. Mais très souvent ce sont des structures très prévisibles et qui manquent d’émotions réelles.
Donc ça va être à l’enseignant de personnaliser et d’humaniser le contenu qui lui est fourni par l’IA.
Donc ChatGPT ou Gemini aura donné une base, mais ça va être l’enseignant qui va apporter la touche créative et authentique. Mais n’empêche que vous aurez gagné du temps à demander ce départ de documents à l’IA.
Donc c’est vraiment un brouillon qu’on va pouvoir ensuite enrichir avec sa touche personnelle.
Ensuite attention, l’IA fonctionne grâce à des données qu’on lui fournit. Donc cela pose des questions ou des précautions éthiques et de confidentialité.
Ne jamais partager des informations personnelles sur vous-même ou sur vos élèves.
J’ai fait un petit test avec l’IA. Je lui ai demandé, si pour lui ou pour elle, j’étais un homme ou une femme. Elle n’a pas su me répondre parce que je n’avais donné aucune information sur moi.
Donc c’est un peu ce qu’il faut faire aussi quand vos élèves utilisent les ChatGPT, Gemini ou tout autre IA.
Evitez de copier-coller des textes sensibles ou confidentiels dans une IA en ligne pour faire des corrections. Ce sont des échanges qui restent privés. Donc n’allez pas recopier tous ces documents-là dans l’IA.
À partir du moment où vous copiez un document dans l’IA, cela devient la propriété de l’entreprise qui a créé cette IA et tous ces documents, toutes ces données vont servir de base à l’apprentissage de l’IA.
Il peut y avoir un paramètre si vous êtes abonnés, pour éviter que tout ce que vous demandez, tout ce qui est généré par l’IA ne soit enregistré dans les bases de données collectives. Mais il n’empêche qu’il faut quand même toujours prendre des précautions. Et se méfier bien entendu des outils gratuits puisque certaines IA vont stocker et analyser ce qu’on leur envoie. Donc privilégiez quand même les outils sécurisés, relisez avant de soumettre des données sensibles et évitez de donner des informations personnelles sur vous-même ou sur vos apprenants.
Et puis dernier point, ne tombez pas dans une dépendance à l’IA.
L’IA, c’est un assistant, ce n’est pas un professeur. Elle est là pour vous aider, mais elle n’est pas là pour vous priver de votre rôle pédagogique.
Donc générez des exercices avec l’IA, oui, mais pas que. À vous d’apporter votre regard d’enseignant. À vous d’apporter votre personnalité.
Ne remplacez pas trop souvent l’évaluation humaine par l’IA, parce que l’accompagnement personnalisé est essentiel en apprentissage.
L’IA peut faire gagner du temps, mais elle ne remplace pas notre intuition, notre pédagogie et notre capacité, nous, à nous adapter à nos élèves.
En résumé, l’IA est un outil qui est puissant, qui est très intéressant à utiliser dans l’enseignement et l’apprentissage, notamment du FLE, mais il faut bien l’utiliser.
Donc, quelques bonnes pratiques, vérifiez et adaptez les contenus générés, utilisez l’IA comme un assistant, mais pas comme une béquille, protégez les données personnelles des élèves et les vôtres, et gardez une approche humaine et créative dans l’enseignement.
L’IA peut nous faciliter la vie, mais l’enseignant reste irremplacé.
Comment intégrer l’IA dans votre enseignement ? Commencez par tester les outils en amont, expérimenter pour voir ceux qui vous intéressent, ceux avec lesquels vous êtes le plus à l’aise. Commencez par des petites tâches, un exercice, un dialogue, etc. Testez-le avec vos apprenants.
Demandez à vos apprenants également de créer ce type d’exercice ou d’activité. Encouragez-les à interagir, entre guillemets, avec l’IA pour une autocorrection, enrichir leur vocabulaire.
Et restez critique, surtout restez critiques et adaptez.
Je vous dis un grand merci de m’avoir écoutée. J’espère que cet épisode vous aura intéressé, d’autres vont suivre.
Si vous avez aimé, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire, à partager et je vous retrouve très bientôt sur les Voix du FLE.
À très bientôt !
Crédits
Musique : Music by Zakhar Valaha from Pixabay
Transcription : Vibe !
Enregistrement et traitement de l’audio : Audacity


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