Transcription
– Revenons au FLE. Quels liens fais-tu entre l’apprentissage du FLE et l’écriture créative ? Peut-on l’utiliser à tous les niveaux ? Qu’est-ce que ça apporte ?
– Oui, à tous les niveaux, sauf peut-être le tout début. Très rapidement, on peut proposer des listes simples, imiter des structures courtes. Dès le niveau A1, on peut proposer des activités courtes, plus balisées. Écrire, c’est s’exprimer, comme parler. L’écriture créative sollicite une autre forme d’expression. Elle mobilise la créativité, l’imprévu. Quand on a peu de vocabulaire, on fait avec ce qu’on a, et ça fait progresser. Comme quand je donne des mots imposés, ça stimule. C’est un parallèle avec l’apprentissage des langues. Écrire, ça demande d’oser, comme parler une langue étrangère. Et puis il y a le partage. On partage avec le groupe, on s’expose, on apprend des autres.
– Oui, ça va au-delà de l’acquisition linguistique. Il y a des compétences sociales, parfois absentes selon les cultures.
– Exactement. Il y a des stratégies aussi. On apprend à compenser de manière valorisante. L’écriture créative est parfois vue comme une récréation, mais c’est bien plus que ça. Dans les manuels, on trouve des encarts “écriture créative”, “littérature”, c’est super, mais ce n’est pas juste un moment de détente. Ça développe la confiance, des stratégies d’expression.
– Et ça peut préparer à la littérature, parfois exigée aux examens.
– Oui, ça peut amorcer un chemin vers un auteur. Proposer d’imiter ou de s’inspirer d’un écrivain. Parfois je commence par l’activité d’écriture, puis je montre un texte littéraire : “Vous voyez, c’est la même stratégie.” Le texte littéraire arrive comme une récompense. Les apprenants comprennent mieux, posent moins de questions de vocabulaire. Ils sont déjà imprégnés. Et parfois, ils trouvent leurs propres textes plus beaux ou plus originaux. C’est très valorisant.
– Donc on pourrait conseiller aux enseignants de commencer par là.
– Oui. On pense souvent à l’écriture créative en fin de séquence, mais l’inverser peut être très intéressant. On peut l’utiliser à différents moments, avec des objectifs différents.
– Et selon toi, quels sont les avantages pour les francophones, dans le développement personnel notamment ?
– La confiance. Oser écrire, lire son texte à voix haute, c’est très valorisant. On reçoit les retours du groupe, de l’animateur. Ça désamorce le syndrome de l’imposteur. Les gens lisent leurs textes encore tout frais, pas retravaillés. Et ils reçoivent des réactions positives. Ça fait du bien. Même ceux qui pensent ne pas avoir de vocabulaire ou d’originalité. Ça ouvre aussi l’esprit, car personne n’écrit le même texte. Et tout le monde s’en étonne. C’est une belle surprise à chaque fois.
– Et par rapport à l’évolution technologique, quel impact selon toi ?
– Ça ne me préoccupe pas trop. L’IA est un bon assistant, mais pas forcément un bon auteur. Il faut la guider pour obtenir quelque chose de satisfaisant. Pour l’instant, dans mes ateliers, on n’utilise ni ordinateur ni internet. Parfois, les gens tapent leurs textes, mais l’essentiel, c’est d’écrire. Et l’ordinateur peut détourner l’attention. Les zones du cerveau mobilisées sont différentes.
– Tu nous disais aussi être biographe. En quoi cela consiste ?
– Écrire pour une personne qui ne peut ou ne veut pas le faire elle-même. Une vie, une étape de vie, un épisode difficile. C’est pour transmettre, pour se libérer. On construit un récit structuré, avec chapitres, style, mais en respectant la voix de la personne.
– Tu vois des liens entre biographie et écriture créative ?
– Oui. Mes lectures, mon expérience d’animation m’aident à trouver la forme adaptée. Parfois je propose une anaphore, une scène… Ce sont les mêmes outils. Ça nourrit ma pratique. Et inversement, écrire pour quelqu’un m’influence dans mes propositions d’ateliers. Tout se nourrit.
– Tu proposes des ateliers sous quelle forme ?
– En présentiel, en petits groupes, entre deux et trois heures. Par courriel ou à distance aussi, avec ou sans retour. Et je propose des ateliers de récits familiaux, en utilisant les outils du roman pour écrire sur sa famille. Et ça va démarrer sur Zoom aussi.
– Et pour te contacter ?
– Sur Instagram ou Facebook : “Libérer ses écrits”. Sur LinkedIn : Stéphanie Bara. Et mon site : liberersesecrits.podia.com.
– Et est-ce que tu formes des enseignants ?
– Oui, j’interviens en master FLE, je forme aussi des bibliothécaires. Je transmets des outils, des techniques, j’apprends à poser un cadre, à faire des retours, à encourager. Et on écrit beaucoup pendant les formations.
– Et maintenant, la dernière question : un sujet d’écriture pour nos auditeurs ?
– Oui ! Un petit exercice : je vous propose d’écrire un texte court sur vous, en utilisant six mots :
- Un mot issu de votre prénom.
- Un mot de ce matin.
- Un mot lié au travail.
- Un mot lié à l’argent.
- Un petit mot doux.
- Un petit mot dur.
Écrivez un texte autobiographique avec ces six mots, sans les changer, et ajoutez d’autres mots autour pour créer un texte. Titre possible : “Qui suis-je ?”. Temps d’écriture : 15 minutes.
Laissez-vous surprendre, il n’y a pas de mauvaise réponse !
– Merci beaucoup Stéphanie. Je rappelle que tu es co-autrice du livre Écriture créative aux éditions PUG, avec Anne-Marguerite Bonvallet et Christian Rodier, dans la collection “Les outils malins du FLE”.
Proposition d’écriture
Écrivez un texte autobiographique avec les six mots suivants, sans les changer, et ajoutez d’autres mots autour pour créer un texte.
- Un mot issu de votre prénom.
- Un mot de ce matin.
- Un mot lié au travail.
- Un mot lié à l’argent.
- Un petit mot doux.
- Un petit mot dur.
Titre possible : “Qui suis-je ?”.
Temps d’écriture : 15 minutes.
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Crédits
Musique : Music by Zakhar Valaha from Pixabay
Transcription : Vibe !
Enregistrement et traitement de l’audio : Audacity


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